Photographe et auteur

Pourquoi suis-je devenu photographe ?

Il me faut évoquer un épisode de mon enfance. Tout événement a des conséquences. Certains plus que d’autres et parfois des démons nous poursuivent pendant plusieurs années que l’on cherche à exorciser par un mode d’expression que ce soit le mot, la musique, l’image, la sculpture ou même une maladie quand on fait trop de résistance.

A 6 ans, j’entrais pour la première fois à l’école. Je suivais les pas de mon frère et de ma sœur, j’avais hâte comme eux d’apprendre à lire et écrire. Dans la première classe mixte, nous avions un « maître » un peu particulier. Il lui arrivait au moins une fois par semaine de rassembler tous ces petits élèves, filles et garçons dont je faisais partie, de nous conduire sous le préau puis de choisir une fillette, de la déshabiller devant nous, de l’installer à plat ventre sur le couvercle de la poubelle en fer et ensuite de la fouetter avec un scion en osier en disant « il faut être gentil avec moi, être bien sage ». Vous imaginez la frayeur de chacun de nous, à 6 ans ? Le cérémonial se terminait avec la menace suivante : « celui qui dit ça à ses parents, ce sera son tour, c’est compris ? »
Oui maître ! Et l’on s’est tu, plongés dans le silence et le traumatisme de se voir à son tour flagellé sur la poubelle devant les camarades.
Je ne me souviens pas combien de temps a duré cette affaire mais un matin les gendarmes sont venus embarquer le maître fouetteur. Il a été mis en prison et exclu de l’éducation Nationale. De là, j’ai commencé à douter de l’adulte et surtout à me méfier des responsables autoritaires, aux maîtres.

Une révolte contre l’injustice

Plus tard, en CM1, l’instituteur m’accuse de copier sur mon camarade, ce qui était entièrement faux. Il m’a demandé d’aller au coin. J’ai refusé. Vous imaginez à l’époque, en 1966, refuser le commandement du maître, remettre en question son autorité devant toute la classe ? Ne voulant pas perdre la face, le maître d’école est venu me soustraire de ma place, avec force pour m’envoyer au coin. Il aurait fallu que j’obéisse, que je cède, au lieu de ça, j’ai pris l’encrier et lui ai lancé à travers la figure et j’ai fuit de l’école pour courir chez ma mère. L’injustice m’est insupportable !

La photographie comme un moyen de témoigner

Durant toute ma scolarité, je n’ai eu que des zéros en français, voire des moins 17. Je ne comprenais pas le sens du langage écrit alors je me suis réfugié dans le chiffre. J’étais excellent en maths, je rêvais de formules et de théorèmes mais cela n’exorcisait pas mon mal être jusqu’au jour de mon arrivée au lycée où j’ai découvert le labo-photo. Voilà le mode d’expression, mon langage, celui que je vais adopter pour éviter d’écrire et de me faire humilier. Je vais enfin pouvoir révéler ma pensée, dire ce que je vois, ce que je ressens, montrer les aberrations de ce monde.

photo noir et blanc poupéeJ’avais envisagé dès cette époque de devenir « reporter » mais les profs m’ont dit qu’il n’y avait pas d’école et mon destin serait d’être comptable. En effet, j’ai eu un bac comptable mais j’ai aussi fait l’acquisition d’un appareil reflex dès l’âge de 16 ans et j’ai commencé à faire des images comme celle-ci.

Charles Montécot

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